LA GUERRE VUE PAR UNE PETITE FILLE Me contacter
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J'ai parlé à plusieurs reprises de Montmarault, mais je dois longuement m'étendre sur le sujet, car ce bourg de 1 800 habitants, chef-lieu-de canton situé au sud du département de l'Allier, a tenu une place essentielle dans mes jeunes années. C'est là qu'habitaient mon grand-père maternel, Jean Martin (« pépé ») dont j'étais le seul petit-enfant, mon oncle Gilbert (« parrain »), et ma tante Ida (« tata ») qui, n'ayant pas d'enfant, me considéraient comme leur fille. C'est donc à bras ouverts que tous les trois m'accueillaient pendant les longues vacances d'été, du 14 juillet au 30 septembre.

Je dois évoquer ici ce grand-père qui a beaucoup compté pour moi. Il est mort en 1948, mais il est arrivé à plusieurs reprises dans ma vie qu'au moment de faire un choix, de prendre une décision, je me suis demandée : « Qu'en aurait pensé mon pépé ? ». Je n'ai pas toujours fait ce qu'il aurait souhaité, mais il m'aidait à réfléchir.

Il est né en 1869 à Target, village proche de Montmarault. Son père était tisserand ; parmi les outils accrochés au mur du palier dans notre chalet d'Argentière, figure une navette lui ayant appartenu (c'est un instrument qui sert à passer le fil dans la trame du tissu). Sa mère était épicière, je devrais plutôt dire « Galeries Lafayette » car elle vendait de tout : de l'épicerie bien sûr, chaque semaine elle recevait notamment du café vert qu'elle faisait griller dehors, l'arôme embaumait tout le village, mais aussi des produits d'entretien, de la vaisselle, de la mercerie, du tissu, des vêtements de travail, que sais-je encore... Elle avait la clientèle du marquis et de la marquise de Longueil, riches propriétaires terriens qui possédaient de nombreuses métairies. Le dimanche matin, la marquise venait à la messe et comme elle était souvent en avance, elle entrait dans l'épicerie située juste en face de l'église et elle prenait une chaise ; si elle avait un besoin pressant, elle passait dans la chambre attenante et utilisait le pot de chambre où elle laissait un souvenir parfois solide... à l'épicière de s'en débrouiller.

Mon grand-père travaillait très bien à l'école, le curé lui a proposé d'entrer au séminaire pour devenir prêtre, mais le petit Jean a refusé et a décidé de passer le concours d'entrée à l'Ecole Normale. Quand on a su qu'il était reçu, la marquise, pour qui l'école laïque était une institution du diable, a retiré sa clientèle à mon arrière-grand-mère et a ordonné à ses métayers d'en faire autant.

Pépé est donc devenu instituteur à Montluçon, par la suite il a été nommé professeur d'histoire-géographie dans l'enseignement secondaire. Il était de cette génération où les maîtres des écoles primaires étaient vénérés par les familles auxquelles il conseillait - si leur enfant travaillait bien - de l'envoyer au lycée, chose qu'ils n'auraient jamais osé envisager. À sa mort, ma mère et mon parrain ont fait paraître - comme c'est l'usage - un avis de décès dans le journal local, « Le Centre républicain » et ils ont reçu quantité de lettres envoyées par des messieurs qu'ils ne connaissaient pas et qui toutes disaient à peu près ceci : « Je suis né dans un milieu extrêmement modeste, mais grâce à l'insistance de votre père mes parents m'ont envoyé au lycée et après j'ai fait... Polytechnique... ou les Arts et Métiers... ou l'Ecole Normale Supérieure, etc... Je ne dirai jamais assez combien je suis redevable à M. Martin ».

Mon grand-père avait une sœur, Céline, qui exploitait à Target, un restaurant connu dans tout le département, les notables venaient y faire des repas aussi copieux que délectables, particulièrement en période de chasse. Son mari est mort avant ma naissance.

Retour aux vacances à Montmarault. Oui, c'était une bonne idée de m'envoyer là-bas pour les vacances d'été, mais comment franchir la ligne de démarcation ? Emmener son enfant dans la famille n'entrait pas dans les cas permettant d'obtenir un laissez-passer ? Alors ?

Alors en juillet 1941, la famille Chassagne s'est lancée dans une véritable aventure. Nous avons pris le train pour Moulins et avons dormi dans un hôtel. La ligne de démarcation était matérialisée par l'Allier, un pont reliait Moulins en zone occupée et Yzeure en zone libre. Mon père avait appris par des collègues que le pont était gardé jusqu'en son milieu par des soldats allemands, mais qu'à 5 heures du matin ceux-ci étaient relevés et n'étaient remplacés qu'un peu plus tard... Nous voilà donc nous engageant sur le pont à l'aube, en courant mais le plus silencieusement possible, ce qui n'était pas facile pour maman et moi avec nos semelles de bois. Tout s'est bien passé, mais je ne comprends pas comment mon père, si prudent, parfois timoré, a pu nous engager dans cette équipée rocambolesque.

L'année suivante, soit en 1942, pas question de recommencer, d'autant plus que les Allemands se tenaient beaucoup plus sur leurs gardes. Je suis donc partie avec un convoi d'enfants organisé par la Croix Rouge ; je nous revois dans la cour de la gare d'Austerlitz, chacun avec sa valise et une pancarte sur la poitrine indiquant son nom, sa destination et les coordonnées de sa famille d'accueil. Mes parents m'ont dit au revoir et sont partis ; je suis bien sûre que papa avait le cœur gros et que maman a pleuré dès qu'elle a eu le dos tourné. Nous avons pris un train de nuit avec des wagons de 3ème classe où nous étions assis à 8 par compartiment ; dans le mien il y avait quelques garçons, dont un certain Gérard que je trouvais très beau et qui semblait s'intéresser à moi. Nous avons tous chahuté et bien ri, mais pas beaucoup dormi malgré l'intervention des adultes qui nous surveillaient. Gérard est descendu en cours de route et nous nous sommes promis de nous retrouver dans le train du retour à la fin des vacances. Hélas, ça ne s'est pas du tout passé comme j'espérais : j'ai bien revu Gérard à qui j'avais gardé une place dans mon compartiment, mais il avait dans sa valise une bouteille de gnôle artisanale que son tonton lui avait confiée pour son père et il a eu la malencontreuse idée de la déboucher... il a fini le voyage complètement ivre.

La ligne de démarcation a été supprimée en novembre 1942, donc pas de problème pour partir l'été suivant.

Les vacances à Montmarault, un pur bonheur, un des meilleurs moments de ma vie. Je ne distingue plus les années les unes des autres, mais je sais très bien comment les journées s'organisaient.

Nous passions la nuit dans la maison de mon grand-père, rue Pasteur, à la lisière du bourg. Les premiers à partir le matin étaient parrain et tata qui allaient travailler, lui rejoignait l'étude du notaire où il était principal clerc, puis elle se dirigeait vers la rue du Commerce où elle exploitait un fonds de modiste. Parrain avait souffert de tuberculose osseuse lorsqu'il était enfant et il boitait, tata lui donnait le bras pour l'aider à marcher (il avait une voiture équipée d'un gazogène, mais il la réservait pour les déplacements extérieurs, par exemple vers Montluçon ou Moulins).

Un peu plus tard dans la matinée, pépé (mon grand-père maternel, Jean Martin), qui a été maire de la commune de 1932 à 1945, partait à la mairie. Il était socialiste et n'aimait pas les communistes. Il a été gaulliste dès l'été 1940 ; un jour il a sorti de sa poche une photo du général de Gaulle, c'est la première fois que je voyais les traits de ce monsieur dont j'ignorais à peu près tout.

Mon grand-père était un maire très actif, c'est ainsi qu'il faisait couper du bois dans la forêt voisine (« Château Charles ») pour le distribuer aux personnes ayant de faibles revenus. Il avait aussi une autorité morale qui lui permettait dans certaines situations de conseiller les familles. Lorsque la petite bonne de ma tante, Georgette, qui « fréquentait » le fils de cultivateurs aisés, a été enceinte, les parents du garçon n'ont pas voulu entendre parler du mariage, cette fille ne constituant pas un parti intéressant ; alors mon grand-père est allé à pied jusqu'à leur ferme et après une longue discussion, a arrangé le mariage qui, d'après ce qu'on en a su, a été heureux. Il s'occupait aussi de choses plus importantes : en utilisant les cachets de la mairie, il faisait des faux papiers d'identité pour les garçons qui voulaient échapper au STO (Service du travail obligatoire instauré par le gouvernement français en février 1943 et mobilisant tous les jeunes gens nés entre 1920 et 1922 pour les envoyer en Allemagne travailler dans les usines). Pas étonnant qu'une place au centre du village soit maintenant la place Jean Martin.

À une heure assez avancée de la matinée, je finissais par me réveiller. Dans la cuisine, je trouvais Madame Clémence qui venait tous les matins faire le ménage et qui était une admiratrice inconditionnelle de mon grand-père. Elle préparait mon petit déjeuner, premier régal de la journée, un bol de café au lait, presque toute une baguette avec une épaisse couche de beurre et de confiture. Je faisais ma toilette et m'habillais, mais je ne savais pas bien me peigner, ce n'était pourtant pas très difficile car j'avais les cheveux raides, coupés assez courts avec une raie sur le côté et tenus par une barrette. Madame Clémence me coiffait donc, mais elle mettait toujours la barrette trop bas et ce n'était pas seyant.

Puis je montais rue du Commerce, ma tante pestait en me voyant coiffée comme une petite vieille et elle remettait la barrette à la bonne place. Le déjeuner nous réunissait tous les quatre, encore un bon moment et c'était la même chose pour le dîner. Pas de restrictions alimentaires, on s'arrangeait avec le boucher, le charcutier, l'épicier et le boulanger qui pratiquaient des prix normaux. De plus, ma tante avaient pour clientes toutes les dames de la campagne environnante (un chapeau pour aller à la messe et un autre pour travailler dans les champs) et avec ses petites bonnes, Georgette à laquelle a succédé Thérèse, j'allais en vélo dans des fermes d'où nous rapportions un poulet, un lapin, du beurre, de la crème... quelquefois la fermière nous offrait à goûter, du fromage blanc avec beaucoup de crème dessus ou un gâteau. Pas étonnant qu'à ce régime je prenne les kilos qui me manquaient et retrouve de belles joues roses. Ma tante était une remarquable cuisinière, elle faisait notamment avec les fruits de son jardin une tarte aux cerises dont je n'ai jamais retrouvé l'équivalent, la pâte feuilletée était parfaite, croustillante, légère et avec un bon goût de beurre. Et les pâtés aux pommes de terre, les piquanchâgnes, etc... etc...

Un détail me revient : il arrivait que ma tante n'ait pas assez de savon pour nos toilettes et la lessive, alors elle en fabriquait selon une recette qui circulait, à partir de beurre plus autre chose que j'ai oublié, oui du beurre, de quoi horrifier nos pauvres Parisiens. A propos de lessive, je me souviens que beaucoup de dames de Montmarault confiaient le lavage de leur linge à des blanchisseuses qui l'emportaient dans leur brouette jusqu'à une mare, la Font Salée, ainsi nommée car au temps de la gabelle sous l'Ancien Régime, des contrebandiers poursuivis par les gabelous avaient jeté leur chargement dans la mare ; cette mare était située en dehors du village au bas d'une pente assez forte et lorsque le linge était lavé et rincé, les blanchisseuses devaient remonter la petite route avec leur lourd chargement, c'étaient de fortes femmes.

Quelquefois, j'allais le matin rue du Commerce avec pépé, la distance doit être d'à peu près 800 m, mais nous mettions un temps infini pour la franchir : il connaissait tout le monde et avec ses fonctions de maire les gens l'arrêtaient pour l'entretenir d'un problème. Je disais bien poliment : « Bonjour, Monsieur » ou « Bonjour, Madame », mais je trouvais le temps long. Il nous arrivait de rencontrer une dame âgée, Mme de Féligonde, qui était une personne importante ; très grande et avec un peu d'embonpoint qui convenait à son allure majestueuse, elle était vêtue de manière élégante mais un peu surannée. Elle n'avait évidemment pas les opinions politiques de mon grand-père, mais ils étaient d'accord sur bien des points et faisaient une petite causette ; elle m'adressait quelques mots gentils, j'en étais très impressionnée.

Dans les années 90, un jour que j'étais dans notre maison de Neuville-aux-Bois, je suis allée à Pithiviers pour acheter un rosier, j'ai trouvé mon bonheur dans le jardin d'exposition d'André Eve, célèbre pour ses roses anciennes, je regarde l'étiquette, le rosier s'appelait « Mme de Féligonde » ! Quand nous avons vendu la maison, il était impossible de déterrer le rosier qui était devenu un véritable buisson, alors Annick en a acheté un aux Journées des plantes de Courson (qui se tiennent maintenant à Chantilly), elle a planté le rosier dans le jardin de la rue Biot, là aussi je regarde l'étiquette : « Mme de Féligonde » !!! Je me suis renseignée sur Internet : ce rosier grimpant a été obtenu en 1916 par un rosiériste orléanais, il porte le nom d'une infirmière qui a épousé un officier français, le comte de Féligonde, elle l'avait sauvé pendant la guerre de 1914/1918 alors qu'il était étendu, blessé entre les lignes ennemies. Je ne sais pas s'il existe un lien entre cette dame et celle que j'ai connue.

Exit Mme de Féligonde, revenons aux vacances. Parrain m'emmenait quelquefois dans un magasin de la rue du Commerce qu'on appelait indifféremment « le bazar » ou « chez Montandreau » et qui vendait surtout des jouets. En entrant, parrain disait « Tu prends ce que tu veux ». Selon mon choix, je pouvais sortir aussi bien avec une babiole qu'avec l'objet le plus cher. Quand elle venait me chercher à la fin des vacances, maman grondait parrain de m'avoir gâtée exagérément.

Une fois par semaine, parrain allait après le dîner à l'école des garçons pour diriger la répétition de la fanfare municipale qu'il avait créée ; tata l'accompagnait. Pépé descendait avec moi vers la rue Pasteur. Un soir, j'ai eu une indigestion, il était bien ennuyé mais il a eu l'idée de me faire une tisane avec de la camomille cueillie au jardin, cela m'a fait du bien. À son arrivée, tata a constaté qu'il restait un peu de tisane dans la casserole, il y avait certes des feuilles de camomille mais aussi une bonne quantité de pucerons...

Les jours s'écoulaient paisiblement. Les vieilles dames de la rue Pasteur m'avaient prise en affection, elles me parlaient de ma grand-mère maternelle, morte longtemps avant ma naissance d'une attaque cérébrale : « Ah Gabrielle, comme elle était belle ! ». Oui, elle devait être belle, mon grand-père avait eu le coup de foudre un jour qu'il regardait, avec d'autres personnes, un cortège de mariage allant de la mairie à l'église toute proche, une des demoiselles d’honneur a retenu son attention et il s'est renseigné pour savoir qui elle était... et voilà ! Je possède un petit mouchoir en linon blanc avec l'initiale G finement brodée dans un coin, il lui a appartenu et il est dans un excellent état ; les enfants, ne jetez pas ce mouchoir qui est dans le tiroir du bas de la commode au pied de mon lit.

J'étais tellement bien dans les petits papiers de nos vieilles voisines que l'une ou l'autre m'emmenait en promenade, nous ramassions sur les talus de l'herbe pour leurs lapins. Un jour que les vacances touchaient à leur fin, maman est venue de Paris pour me chercher, nous devions prendre le car pour la gare de Montluçon, l'heure approchait et Claude n'était pas là... on m'a cherchée, j'étais en train de rendre visite à chacune des vieilles dames de la rue Pasteur et de la rue du Point du Jour (joli nom) pour leur dire au revoir.

Je m'amusais aussi avec les enfants qui habitaient notre rue, nous étions des parents et avions des bébés, nous préparions leurs repas avec nos dînettes, nous aimions particulièrement confectionner du fromage blanc obtenu en délayant de la terre dans de l'eau... inutile de dire l'état de ma robe le soir.

Je jouais aussi avec d'autres enfants qui habitaient plus haut dans le village en bordure du Champ de foire. Avec eux les activités étaient artistiques, nous avons appris une petite pièce de théâtre, mais au cours des répétitions nous nous sommes disputés pour une raison obscure qui m'échappe maintenant et j'ai déclaré que je quittais la troupe. Nous sommes, toutefois, restés amis et nous avons trouvé une autre activité à laquelle je participais : nous nous installions dans un hangar et nous disions la messe, en latin bien sûr, Joseph Défrétière faisait le curé et les autres - sa sœur Jeannette, Suzanne qui est morte en 1944, Christiane et moi - formions l'assistance ; c'était très amusant.

J'étais, enfin, admise dans un troisième groupe, celui des filles de commerçants de la Place d'Armes et de la rue du Commerce, au centre du bourg. Là, c'était le règne des poupées, j'avais deux baigneurs, Jacques et Joseph que j'avais déclarés être des jumeaux. Le point culminant du jeu, c'était le jour où l'une des filles « baptisait » sa poupée, sa maman préparait un bon goûter auquel étaient invités les frères de ces demoiselles ; après avoir mangé, nous allions tous dans un pré en pente dépendant de la ferme de « La Petite Goutte », nous jetions les poupées dans un coin et nous amusions à dévaler la pente en faisant des roulades. Quand ce fut mon tour de « baptiser » mes fils, c'est tata qui a préparé le goûter ; je ne sais laquelle de mes copines était la marraine, comme parrain j'avais choisi un ami de la famille, je lui ai écrit en disant qu'il était aussi le père, tata m'a fait rayer ces derniers mots qu'elle jugeait inconvenants...

J'aimais aussi m'amuser toute seule dans la maison de pépé, assise sur les marches qui descendaient de la salle à manger vers le jardin. J'étais souvent une couturière, les robes étaient faites avec des feuilles, celles des pêchers qui ont une forme allongée convenaient très bien et pour les ornementer, je piquais dedans des petites fleurs, des pâquerettes, des violettes.

Nous allions souvent à Target. Ma grand-tante Céline était devenue une vieille dame avec de la moustache qui piquait lorsque je l'embrassais ; devenue un peu gâteuse, elle se mettait à pleurer lorsque nous arrivions. Je détestais ce moment que j'avais appréhendé pendant tout le trajet en voiture. Mais après, comme j'étais contente ! La tante Céline avait un fils, Pierre Lépée, marié avec Emma ; ils n'avaient pas d'enfant et me témoignaient une grande affection. Il exploitait un grand atelier où on réparait un peu de tout, des voitures, des vélos, du matériel agricole ; il employait plusieurs ouvriers, eux aussi très gentils avec moi. J'aimais traîner dans l'atelier et plus encore aller derrière les bâtiments dans un grand pré où se promenaient quelques poules au bord d'un petit ruisseau. Quelquefois, nous allions tous ensemble pique-niquer au bord d'une rivière, nous pêchions et il nous arrivait d'attraper des poissons. Pierre, qui était obèse car il mangeait trop, était un joyeux compagnon et il nous faisait beaucoup rire ; l'ouverture des paniers contenant notre pique-nique était le point culminant de la journée, du moins pour moi.
 
 

 

 


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