LA GUERRE VUE PAR UNE PETITE FILLE Me contacter
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Pendant que tous ces événements se déroulaient, nous avions une grande inquiétude ; qu'étaient devenus mes parents pendant la Libération de Paris ? étaient-ils vivants ? Nous n'avions pas de nouvelles depuis début août, la poste ne fonctionnait plus. Nous avons appris, début septembre, que M. Villechenon, garagiste et mécanicien, avait pris l'initiative d'aller à Paris avec sa voiture à gazogène et d'emporter les lettres qui lui seraient confiées, il proposait de les porter au domicile des destinataires et de revenir avec la réponse ! brave homme... J'ai écrit une grande lettre à mes parents, leur racontant tout ce qui s'était passé ; je disais entre autres que des Allemands battant en retraite avaient violé des femmes dans un village, tata m'a fait rayer cette phrase qui n'était pas convenable de la part d'une petite fille. Nous avons en retour reçu une lettre de mes parents qui allaient bien, ils annonçaient leur venue dans peu de temps.

Quelle joie de se retrouver ! Au bout de quelques jours nous sommes rentrés chez nous, j'ai eu de la peine de quitter ceux qui s'étaient occupés de moi avec tant de tendresse pendant 4 mois environ. Le voyage de Montluçon à Paris, un peu plus de 300 km, a duré toute une journée. Les voies ferrées avaient partout été bombardées et on n'avait pas encore eu le temps de tout réparer, une seule voie était utilisable et on devait souvent s'arrêter dans les gares pour laisser passer les convois qui acheminaient vers le front des troupes et du matériel. A Orléans, le pont n'existait plus, nous sommes descendus du train et avons marché jusqu'à la Loire que nous avons traversée en barque et nous avons pris un autre train qui nous a conduits jusqu'à Paris à toute petite allure.

Nous avons retrouvé notre vie. Certes, la guerre n'était pas finie et des combats très meurtriers se sont déroulés dans l'Est du pays pendant l'hiver 1944/1945, les restrictions étaient les mêmes et ont continué pendant près de deux ans. La France était exsangue. La population avait souffert physiquement et moralement, les usines, les voies ferrées et des villes entières étaient détruites, les prisonniers et les déportés survivants ne rentreraient que l'année suivante. Mais tout était changé puisque nous étions LIBRES !
 

 

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Je termine là ce récit que j'ai écrit avec beaucoup de plaisir en avril/mai 2020, pendant le confinement imposé par l'épidémie de COVID-19.

Je pensais m'en tirer avec 7 ou 8 pages dactylographiées, il y en a 28 (8 au format web...). J'ai peut-être été trop bavarde, en fait j'ai voulu vider ma mémoire de tout ce qui y était enfoui depuis si longtemps. Je peux affirmer que ce sont vraiment mes souvenirs, rien n'est romancé et si j'ai fait des erreurs, c'est de bonne foi.

Finalement, notre famille - comparée à d'autres - a été épargnée : pas de prisonniers, pas de déportés, pas de morts. Il n'empêche que nous avons vécu quatre années difficiles. Je pense que cela a forgé le caractère des gens de ma génération, nous sommes devenus de sacrés bonshommes et de sacrées bonnes femmes !
 
 
 
 

Claude Dony, née Chassagne          


 

 


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